Au colloque de La Canée en 1938, un groupe de jeunes penseurs — bientôt désigné sous le nom de cercle céruléen — appelle à une refondation du mouvement rienesque.
Kinga Sabot, Meredith Arbre Rond et Félix Beauplace prennent la parole dans un climat d’agitation feutrée. Les anciens défendent l’intangibilité de l’héritage gragerfissien ; les plus jeunes dénoncent l’enfouissement progressif du mouvement dans une discrétion végétale devenue quasi souterraine.
Il ne s’agit pas, pour le cercle céruléen, de contester Stylus Gragerfis, mais de raviver la puissance opératoire du Nihil est Omnia dans un monde désormais saturé de constructions totalisantes. Le débat est vif. Certaines branches régionales du mouvement, attachées à leurs traditions, redoutent toute réforme doctrinale. Mais l’idée s’impose qu’un nihilisme purement contemplatif risquerait de se fossiliser.
Les Manifestes pour un nouveau nihilisme, publiés la même année, proposent alors : de clarifier la distinction entre nihilisme solaire et nihilisme sombre ; de désolidariser le Rien de toute posture misanthrope ; d’affirmer que le nihilisme n’est pas retrait du monde mais mesure dans le monde ; de rappeler que le Grand Tout n’est pas à combattre frontalement, mais à désamorcer par sobriété.
Le texte original des Manifestes, aujourd’hui partiellement conservé, témoigne d’un effort de mise à jour sans rupture. Le cercle céruléen n'a pas fondé un nouveau mouvement : il a réactivé une tradition.
Le Rien n’est pas un refuge noir où l’on se replie par fatigue.
Il est la condition d’une respiration juste.
Si nous le chargeons de ressentiment, nous le trahissons.
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